Webzine rennais – Cultures numériques

Le Phare Ouest, la petite révolution du web breton

Le web est un catalyseur de découvertes, de questionnements et d’épanouissements. Mutations, bouleversements, révolutions, le numérique engendre dans tous les domaines du quotidien des changements dont en prend peu à peu la mesure. Le journalisme, comme l’éducation, l’économie ou la santé, n’est pas en reste. Et puisque l’Embusc@de s’était intéressée à la place du web dans les médias rennais, le Phare Ouest est apparu tout naturellement dans la toile bretonne comme un nouvel écueil à découvrir.  Avec son lot de petites révolutions.

"Voici donc le nouveau visage du journalisme : capable de publier sur plusieurs supports, être en mesure de hiérarchiser, d’expertiser et de sélectionner les informations qui arrivent désormais en flot continu. De dialoguer enfin avec le public." Thierry Thuillier, directeur des rédactions de France Télévisions, ne se trompe peut-être pas en préfaçant l’ouvrage collectif Journalisme 2.0, mené par Rémy Le Champion. Et si de leur analyse, on aurait beaucoup à dire et à redire, l’idée du tout-web a définitivement fait son bonhomme de chemin, à tel point qu’il apparait aujourd’hui comme essentiel, même dans les médias qui existent depuis aussi longtemps qu’on s’en souvient. Et avec lui, le renouvellement d’outils et de pratiques qui tardent à se démocratiser dans la profession.

Et votre horizon s'éclaire

Le slogan est tout trouvé pour un pure-player qui veut éclairer ailleurs.

Le Phare respire la jeunesse. La petite bande qui entoure Sarah Duval a la vingtaine, tout au plus. Ils sont une dizaine, à s’être construits autour de collaborations professionnelles et de rencontres universitaires. La Normande devrait bientôt sortir de l’IUT de Lannion, et du haut de ses 21 ans, elle n’est pas la plus jeune. "L’idée ? Elle me trottait dans la tête depuis une bonne année." Avec Christophe Ségard, dont elle a tiré une grande aide et qui a réalisé le site, elle s’est finalement lancée. Presque sur un honorable coup de tête, la Bretagne connaîtra enfin son média régional entièrement web. "Le but c’était vraiment de créer un média, un outil pour le web, confirme la jeune journaliste. Ce n’est pas un format papier qui est exporté. On tire toutes les ficelles, on utilise toutes les possibilités qu’il y a sur internet."

D’un magazine sur tablette qu’on attend évidemment éblouissant à un site dessiné en HTML5 par Christophe Ségard, la condition web amène avec elle bien plus que l’esthétisme qu’on voudrait lui prêter. "On est une dizaine et on très polyvalents, explique-t-elle, tandis qu’elle décrit des journalistes vidéos, photographes, des rédacteurs, peut-être de l’infographie. Je pense que les gens ont un peu de mal quand leur entreprise existe déjà. Je prends l’exemple de Ouest-France et du Télégramme : eux ils vont essayer d’intégrer petit à petit la vidéo et ce genre de choses. Je pense que pour les implanter, il vaut mieux se créer et se lancer directement dedans." Le constat était déjà particulièrement palpable, la jeune journaliste confirme le décalage, presque générationnel. "C’est un peu difficile pour se remettre en place et s’adapter quand tu n’es pas habitué à travailler de cette façon", conclue-t-elle, en toute humilité.

Du crowdfunding au prix d’un café en terrasse.

L’inscription, le 9 avril, sur la plateforme de KissKissBankBank a nécessairement mis le doigt sur le début d’une aventure. De la description de la hiérarchisation de l’information à la présentation de l’équipe, le Phare Ouest baisse peu à peu le voile sur une finalité 2.0 qui débarquera à l’horizon juillet 2013 avec la bagatelle de 8000 euros, si les internautes répondent présent. Un coup de pouce. "On a voulu faire quelque chose d’assez mystérieux pour attirer la curiosité des personnes, sans vraiment laisser paraître ce que c’était, nous confie Sarah Duval. C’est une façon de les prévenir que dans six semaines, il y a un nouveau média qui arrive près de chez eux." Le Phare Ouest prend la température, teste les courants, pour aussi savoir vers où éclairer. Pourtant, la jeune

Retrouvez-les sur KissKissBankBank pour contribuer au Phare Ouest !

Retrouvez-les sur KissKissBankBank pour leur donner un petit coup de main.

journaliste nous l’assure, c’est un plus : "Vu que c’est du web, on n’a pas énormément de dépenses dans le sens où il n’y a que l’assurance et le site internet à payer", tandis que les locaux attendront encore un peu. L’objectif premier, c’est aussi et surtout de "payer les pigistes. Dès qu’on pourra les rémunérer, on le fera."

Parce que l’essence du Phare Ouest, c’est entre autres, un prix bas. L’annonce fait tiquer, mais Sarah Duval confirme, amusée et convaincue : "Pour le prix d’un café en terrasse, on a  une information de qualité et vérifiée. Le message c’est vraiment : ne payez pas pour l’information, mais payez plutôt pour aider votre média à tourner." Annoncée à 0,99 euros l’enquête, les premiers abonnements mensuels seront vraisemblablement à trois euros. "Je ne suis pas beaucoup pour l’information payante", lâchait-t-elle, tout en n’ignorant pas les réalités de la profession. La question de la gratuité de l’information et, en arrière-plan, du modèle économique, font rage depuis quelques années maintenant sans que de vrai business plan des médias ne prenne forme efficacement. Le Phare Ouest a décidé de trancher. "L’idée c’était vraiment de ne pas être trop cher pour rester accessible à toutes les bourses." En contrepartie, le site contiendra un peu de publicité. "On a fait une étude par rapport aux grands journaux comme le Parisien, explique-t-elle. Sur un article, tu as cent pubs, c’est énorme !" Avec un bandeau en accueil du site et quatre autres dans les pages d’article, la pub promet de rester discrète.

Un phare pour éclairer la Bretagne.

La Bretagne ne renferme pas le plus grand quotidien de France pour rien. Originaire de Normandie, Sarah Duval est convaincue (et convaincante) lorsqu’elle affirme n’avoir jamais vu une population aussi attachée aux problématiques qui l’entourent et qui composent son quotidien. "On joue beaucoup sur l’aspect breton parce qu’on pense qu’il y a un public à toucher, dans le sens où Ouest-France et le Télégramme n’ont pas forcément le temps d’aller plus loin dans leurs sujets", confirme-t-elle tout en pensant le Phare Ouest plus comme un complément qu’un concurrent. "On pense vraiment qu’on peut mobiliser la population bretonne parce qu’on va proposer des sujets qui ne sont pas forcément traités en Bretagne."

Sarah Duval, à l'initiative du projet le Phare Ouest, s'est entourée d'une dizaine d'autres jeunes journalistes pour lancer ce projet.

Sarah Duval, à l’initiative du projet le Phare Ouest, s’est entourée d’une dizaine d’autres jeunes journalistes pour lancer ce projet.

Si la marche à suivre est claire, elle s’inscrit pleinement dans l’ère du temps de ces nouvelles pratiques qui commencent lentement à bousculer les fondations d’un support médiatique presque vieux comme le monde. Du multisupport à l’enquête, en passant par l’espace participatif complètement gratuit,  "le site est composé de trois approches, commente Sarah Duval. La première va être la partie essentiellement gratuite, qui sera mise à jour quotidiennement." Cinéma, bande dessinée, art, chroniques en tout genre et sur tout support, "on va faire un dossier qui s’appellera les Cahiers Découvertes. Ce sont toutes les choses touristiques sympa à faire en Bretagne, en weekend comme en semaine." Les enquêtes de la rédaction, chaque semaine, toujours pour le prix d’un café et le multisupport en seront les deux autres piliers fondamentaux.

Comme une vigie médiatique tournée vers l’ouest, forcément, un vent rafraichissant, une lumière étincelante de jeunesse et d’innovation, si le Phare Ouest reste entièrement à découvrir, il n’amène pas moins avec lui son lot de promesses et de petites révolutions, à sa hauteur, avec son audace et son talent. Pour eux, comme pour les lecteurs, l’aventure commence vraiment dans 82 jours.

En embusc@de : retrouvez toutes les informations sur le compte Facebook du Phare Ouest et sur KisskissBankBank.com pour soutenir le projet. Et forcément, c’est sur lephrare-ouest.fr qu’il faudra les retrouver. 

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5 Réponses »

  1. Bonne chance à ce nouveau Pure Player. Je remarque toutefois que bien que l’article cite fort justement le directeur de l’info d’une télévision, nos jeunes journalistes "pure web" ne font référence qu’aux deux journaux papiers de la région ;-)

  2. La citation de Thierry Thuillier est presque un concours de circonstances ! Même si on oublie très souvent que c’est l’ensemble des médias qui se mettent au web, et pas que la presse. D’ailleurs, si l’ouvrage préfacé mérite d’être lu, il mérite aussi d’être largement critiqué.

    J’imagine que tout journaliste breton est inconsciemment de prendre Ouest-France comme repère, c’est une énorme mécanique qui constitue un contexte économique de la presse bien différent de ceux que peuvent connaître le Dijonscope, le Factuel Info ou le Télescope d’Amiens. J’imagine … Mais la Bretagne prouve qu’elle sait innover en matière de médias (les Mensuels, les télés, les radios, les pure-player) et c’est bien !

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