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Embusc@dé’ (#1) – Google, ce sera 60 millions et rien d’autre

La presse en ligne a craint le pire. Du côté de la presse dite traditionnelle, on a bien failli ne jamais y arriver. Quant à l’Elysée… A l’Elysée, on souffle. Ces derniers mois ont été rythmés par les impasses qui ont miné les négociations entre Eric Schmidt, président du groupe Google, et les éditeurs de presse français à propos de l’indexation des articles mis en ligne et très largement consultés par le biais du lecteur de recherche américain. Hier, François Hollande a enfin annoncé la fin du bras de fer, avec la décision de Google de verser 60 000 millions d’euros à la presse française.

Lex Google en ligne de mire.

Dès le début du mois de septembre, le Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne (SPIIL, fondé par Rue89, Mediapart ou encore Arrêt sur Image) dénonçait une potentielle taxe au « clic » de Google, dont le nom Lex Google, faisait partie des petits papiers de l’Elysée :

« Alors que Google possède un quasi-monopole de la recherche sur Internet, notamment en France, de telles mesures ne feraient que conforter sa prédominance, et placeraient la presse numérique sous sa tutelle quasi-exclusive. »

Au centre du débat, la création d’un « droit voisin« , supérieur au droit d’auteur, poussée par le lobby de la presse, ainsi qu’une série de taxes, que Numerama dénonçait déjà le 29 Octobre, dans un article véhément intitulé : « Lex Google, Hollande soutiendrait la pire des lois » :

« Le problème posé par la loi défendue en bloc par la plupart des patrons de presse n’est pas qu’elle demande à Google de payer quelque chose […] La folie est que pour justifier juridiquement le paiement d’une taxe, le projet de loi pré-mâché par le lobby de la presse prévoit la création d’une interdiction nouvelle […]

Vous voulez citer un extrait d’article sur Wikipedia ? Interdit. Vous voulez reproduire une infographie pertinente sur votre blog, pour la commenter ? Interdit. Vous voulez réunir une revue de presse d’articles parlant de votre entreprise ? Interdit. Vous voulez citer un article pour en démonter les erreurs ou les parti-pris ? Interdit. Vous voulez photocopier ou imprimer un article pour votre propre usage privé ? Interdit. Interdit. Interdit. »

L’accord commercial de dernière minute.

Les utilisateurs de Facebook, Twitter et autres bloggeurs peuvent respirer, il n’en sera rien. La pression exercée par le gouvernement Français depuis deux mois a finalement porté ses fruits – tout du moins, un accord a-t-il été trouvé. Rien à voir avec la Google Lex allemande, l’arrangement à l’amiable entre entreprises commerciales imite plutôt l’accord signé dernièrement en Belgique. Selon Numerama (particulièrement intéressé par la question) :

« Google a ainsi obtenu ce qu’il voulait. Il va payer […] pour accroître la visibilité de ses services sur les sites de presse, et ainsi accroître ses parts de marché sur la publicité en ligne, la vidéo, les réseaux sociaux et la mobilité. La presse belge, elle, a obtenu une nouvelle source de revenus, et certainement des conditions financières favorables. »

Les conclusions sont sensiblement les mêmes pour la France. Avec à la clé, 60 millions d’euros pour la presse « politique et généraliste » française. Rapporté dans un article du Monde le 1er février, François Hollande a déclaré :

« Il s’est produit aujourd’hui un événement mondial. C’est une fierté pour la France d’avoir été capable de réaliser cet accord qui est le premier dans le monde. »

Un soutien du numérique en demi-teinte.

Numerama s’était procuré, vendredi, quelques détails de la future taxe. Au menu : le soutien apporté par Google pour les éditeurs de presse traditionnelle qui désire approfondir le passage au numérique et avantages commerciaux pour l’utilisation des outils de Google.

A Pascal Riché, rédacteur en chef du pure-player rue89 de préciser :

« Autre argument, selon les éditeurs de presse, le géant américain est en situation monopolistique, puisqu’il représente plus de 90% de la recherche sur Internet. Il ne doit pas en abuser. »

Le SPIIL confirme ce point de vu :

« Pour être visibles sur la toile, les éditeurs de presse sont largement dépendants du référencement de leurs informations par Google. Cela provoque une uniformisation des contenus, les mêmes mots-clés et les mêmes thèmes étant traités en même temps par les éditeurs qui tentent d’arriver en tête des pages de recherche de Google. Cette course effrénée à l’audience entraîne un affaiblissement de la qualité des informations, et tue l’indispensable diversité de la presse.

Si les éditeurs sont un jour rémunérés également par des taxes versées par Google, ils seront soumis à une double dépendance : dépendance pour l’audience et dépendance pour les recettes. »

D’autant que les pure-player (sites d’information au format uniquement numérique) dont le SPIIL est le représentant le plus puissant, en France à ce jour, ont bien failli passer à la trappe : la cotisation fournie par Google ne concernait, à l’origine, que les organes de presse désirant se tourner vers le numérique, et non les médias se sont construits dès l’origine sur le web.

A Numerama de rappeler, en conclusion, qu’il :

« n’est pas encore certain que de nouveaux entrants sur le marché de la presse pourront bénéficier du fonds d’aide pour monter leur projet. »

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1 réponse »

Rétroliens

  1. Philippe Aigrain (#1) : « Le web existe parce que les individus s’en sont emparé.  | «L'embusc@de

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