Webzine rennais – Cultures numériques

Edito – Pour une presse en ligne, payante et indépendante

Les nouveaux chiens de garde, un documentaire français réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, sorti il y a un an.

Les nouveaux chiens de garde, un documentaire français réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, sorti il y a un an.

Comment ne pas passer à côté des transformations, des mutations et des évolutions qui prennent à la gorge une grande partie des médias traditionnels ? Qu’il s’agisse de la presse, de la télévision ou de la radio, les services d’informations sont, à quelques rares exceptions près, tous concernés par le grand virage du numérique et par l’explosion de l’internet 2.0. Avec les premières tentatives, il y a trois ou quatre ans, et l’arrivée de médias nationaux pure-player comme Rue89, Mediapart, Slate ou encore Atlantico, pour ne citer qu’eux, beaucoup de choses ont été dites ces derniers mois. Critiques acides du journalisme assis, diatribes acerbes contre le journalisme trans-média, dénigrements des modèles économiques balbutiants, soutien aveugle des modèles préexistants. La Quadrature du Net, le SPIIL, les acteurs du web et les défenseurs des droits des citoyens prennent de l’importance à mesure que les usagers et les citoyens concentrent une partie de plus en plus grande de leur quotidien sur la toile.

La crise est économique, certes. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, rares sont les pure-player qui ont pu prouver l’apparition d’un modèle stable. Mais la presse a-t-elle réussi, un jour, à être rentable, malgré les investissements colossaux des grands groupes français dans la plupart des titres du pays et du monde ? D’ailleurs, la rentabilité est-elle une mission du journalisme ? La crise est économique, soit, elle est aussi professionnelle et éthique. Les dérives de nos rédactions s’additionnent les unes aux autres alors que le monde politique étend lentement son emprise sur les domaines obscures d’une économie à la portée d’un groupe restreint d’individus, ceux-là même qui contrôlent nos médias. Une crise journalistique associée tant aux pratiques numériques qu’aux journalistes. Les premières ont donné aux citoyens un pluralisme et une rapidité informationnelle jamais connu jusqu’alors. Les sites sont innombrables, les agences de presses sont passées au web, les moteurs de recherche archivent tout et proposent leurs propres dépêches, le tout à l’heure du lien hypertexte. Les seconds ont trop souvent joué de populisme, de démagogie, de titrailles insolentes, provocatrices, de Unes méprisantes, d’informations manipulées, de points de vue honteux pour tenter de retrouver leurs audiences perdues.

La belle époque. Même pour les soixante-huitards que notre génération n’est pas, la belle époque est une utopie d’autant plus consistante qu’elle a été une réalité professionnelle pour un nombre certain des journalistes toujours en activité et qui n’ont que trop souvent osé la détruire en profondeur dans leur désir de la reconquérir. Mais la belle époque, n’est-elle pas celle des reportages de fonds ? Des grandes enquêtes de terrain ? Des dossiers complets ? Des engagements démocratiques ? Des deux grands devoirs de la profession : l’anonymat des sources et le recoupement des informations ? La monopolisation des organes de presse, la concurrence particulièrement rude avec l’internet, assez capable de nourrir le citoyen d’un nombre d’informations incommensurable, les obligations financières, les accointances cachées mais connues de tous avec le milieu politique et économique ; autant de dangers à surmonter, de remparts à faire tomber et de défis à relever.

Notre pris parti n’est pas, et ne sera jamais, de jeter à la figure de tous les errances de certains, mais de proposer, de contextualiser et d’expliquer. Nous nous sentons liés, d’une manière ou d’une autre, à ce journalisme que l’on peut qualifier, à tort, de différent : un journalisme indépendant des grandes puissances financières (dont l’Etat fait partie, dans une certaine mesure) et en ligne. Les tentatives n’ont pas toutes été fructueuses, elles n’ont pas toutes été saines non plus. Pour autant, avec le développement de sites nationaux comme Mediapart ou Arrêt Sur Images, l’arrivée sérieuse du datajournalisme avec OWNI (malgré sa récente fermeture) et des premiers pure-player régionaux avec le DijOscOpe et Factuel Info, il se dégage depuis peu une nouvelle voix. Ce n’est pas celle de la gratuité, l’information a toujours été payante, c’est défendre sa qualité que de l’acheter. Ce n’est pas celle de la publicité non plus, la reprise de Rue89 par le NouvelObs, la fermeture d’OWNI, la fermeture de Rennes Infhonet l’ont prouvé. La dictature des annonceurs pose elle aussi le problème de l’indépendance.

Rennes n’est pas en reste, loin de là. Avec son identité culturelle forte, la ville rivalise de médias divers, actifs et très bien implantés. La capitale bretonne couve le journal le plus lu de tout le pays. Ouest-France est aussi le premier site d’information régionale visité sur la toile, dans le convoi de tête au niveau national. A ses côtés, le Mensuel de Rennes continue d’exister et confirme. Pourtant, là n’est pas encore l’avancée principale. Depuis un an pourtant, Rennes1720 et RennesTV ont montré la voix, avec plus ou moins du succès. Nous avons voulu nous y attacher, à ce web, à ces médias, pour vous proposer un grand dossier à ce sujet. Comment le support web s’est-il construit dans les rédactions ? Comment se positionne-t-il dans le paysage numérique rennais ? Quelles réactions son apparition et son ancrage ont-ils contracté ? Pas de chiffres, pas de tableaux, pas de courses à la consultation et à l’audience mais des tentatives de mises en scène de la vie journalistique, des points de vue, des philosophies différentes du numérique et des médias. Les formats évoluent mais le métier tente de rester fidèle à lui-même. La déontologie est la même, seule l’attitude diffère.

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