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La presse rennaise et le web (#2) – Samuel Nohra : « Si Ouest-France veut exister demain, il existera sur le net »

Depuis 1944, ils en ont vu passer des révolutions technologiques, des crises professionnelles et des remises en questions opérationnelles. A Ouest-France, on ne la leur fait pas. Avec plus de 750 000 journaux vendus chaque jour, le premier quotidien régional de France a vu venir le net 2.0 comme les autres. A la différence, peut-être, que le mastodonte répond présent sur la toile, avec plus ou moins de réussite. Question d’adaptation.

Si l’on devait donner la parole aux journalistes de nos quotidiens régionaux, il est probable qu’ils relaient le même constat : le net est arrivé, il a fallu s’y adapter. Envisager le virage, ne pas sombrer devant la masse d’informations que le net délivre chaque minute, sur les fils d’infos des moteurs de recherche, sur les centaines de blogs qui pullulent depuis le début des années 2000, sur les réseaux sociaux. La presse était en crise depuis longtemps, soit. Mais le web n’a rien arrangé, tout en devant incontournable. La réponse logique à un problème de rapidité. « On est passé au portail net du simple fait de la concurrence des autres médias », tente d’expliquer très simplement Samuel Nohra, journaliste reporter à la rédaction locale de Rennes.

Un quotidien comme Ouest-France ne pouvait plus se contenter de donner les informations le lendemain avec la parution du journal. On a d’autres concurrents, les radios, les télés, les sites web et l’info va de plus en plus vite. C’est difficile pour le premier quotidien de France de donner une information 12 heures après son événement.

Dans la course à l’exclusivité, le web a redistribué les cartes, redessiné les schémas typiques. La construction, elle, ne s’est pas faite du jour au lendemain. D’une utilisation tournée vers les faits divers, les informations de dernière minute, où quelques photos viennent mettre des images sur des mots, le site s’est peu à peu entouré de vidéos, de débats et de forums.

L’intérêt étant d »être sur notre territoire le leader de l’information et d’être les premiers à la diffuser.

Pour autant, le journaliste fait la part des choses : « On veut donner l’information le plus vite possible tout en se gardant la possibilité de réfléchir et de la vérifier. L’idée c’est d’avoir le recul. » Sous-jacente, l’impression d’une partie de n’importe quoi dans le tout tissé sur la toile numérique. « On n’est pas un média de rumeur. On vérifier, et on met sur le net », ponctue-t-il.

S’adapter à de nouvelles formes opérationnelles.

A l’image des rédactions pré-existantes à l’internet, Ouest-France a dû s’organiser, s’adapter aux nouvelles pratiques et aux nouveaux moyens de diffusion de l’information. Avenant au contrat de travail pour une utilisation web de l’info, formations à l’écriture web, un desk multimédia à Chantepie (au sud de Rennes, le siège social), des rédactions locales qui mettent en ligne l’information de proximité, les journalistes de l’ancienne et traditionnelle presse écrite sont devenus des journalistes « trans-media. » « Ce n’est même pas bi-média, confirme Samuel Nohra. C’est bien trans-media. On écrit sur le papier, on doit aussi écrire pour internet. On a des iphone pour le texte, pour les photos, pour les vidéos. »

Le journaliste en a vu d’autres, revenant sur ce moment méconnu de notre génération où l’on utilisait encore des pellicules dans les appareils photos (si). « Une photo pouvait mettre cinq ou six heures à arriver, simplement au traitement, se souvient le reporte rennais. Aujourd’hui, je suis sur un événement, avec mon iphone, la photo est presque instantanément diffusée. »

Il y a des des journalistes qui se sont assez bien familiarisé à ces nouvelles technologies. D’autres, question générationnelle, ont mis un peu plus de temps, mais globalement tout le monde est rentré dans cette démarche. De toute façon, on n’a pas trop le choix. C’est difficile d’avoir un journaliste qui dit : je ne veux pas faire de l’internet.

La rapidité : un rapport compliqué aux évolutions du web.

Rien d’étonnant à dire que si Ouest-France rayonne autant sur le web que sur le papier, le média reste traditionnel. Avec 12 millions de visites en janvier dernier, le géant de l’information est le premier site de presse régionale. Le 22e nationalement. Pourtant, ses relations avec les nouvelles approches du web semblent un brin tendues. « La presse écrite faite de l’internet et de la vidéo, la télé fait de l’écrit de l’internet. On a l’impression que tous les médias se fondent sur le même supporter. Comme il a y dix ou quinze ans, il n’y a plus tant de différences que ça entre les médias. » A Samuel Nohra de s’étonner « de voir des équipes de France 3 filmer avec leur iphone pour balancer l’information sur le net avant de diffuser leur émission à la télé. Le Mensuel nourrit tous les jours leur site. »

C’est une évolution, je pense qu’elle n’est pas finie. Jusqu’où il faut aller ? Est-ce qu’il faut aller vraiment aller plus vite ou est-ce qu’on balance tout et n’importe quoi ? La question principale c’est : l’outil on l’a, comment on va l’utiliser aujourd’hui.

La réflexion parait, en fait, plus ancrée dans la crise dans laquelle se démènent les médias de presse écrite, mais aussi audiovisuels. Et pour le journaliste de Ouest-France, le web n’est pas encore une solution : « Tous les canards perdent en diffusion papier et tous sont sur le net. Maintenant il faut trouver les moyens de rentabiliser les éditions numériques et ça personne n’a réussi à le faire. »

Pourtant, le journaliste s’inscrit aussi dans son temps. Par nécessité, soit, mais qu’importe : « Si on veut exister demain on existera sur le net, mais on ne peut pas exister gratuitement », conclue-t-il, en guise de pique contre la presse en ligne gratuite.

L’information a un prix. L’enjeu de demain c’est : qu’est-ce que sont prêt à mettre les internautes ? Tout ne peut pas être gratuit. L’enjeu n’est pas technologique mais plutôt sur les modèles économiques de l’information sur le net de demain.

Charte des journalistes, déontologie, règles juridiques, éthique professionnelle : autant d’outils qu’une information payante peut garantir, en le lecteur ou l’internaute mettre de juger de la qualité de l’information par sa contribution financière. « Mais pourquoi payer une information quand il y en a des centaines ? Toute la question est là. »

Avec une part d’audience annuelle sur le net toujours en augmentation, Ouest-France a de quoi venir voir. Si le journal affiche une perte de 5 ou 6 millions d’euros pour l’année 2012, le journaliste nous assure que cela n’a aucun lien avec les ventes, les abonnements et l’audience sur la toile mais qu’elle serait dû à une baisse des investissements publicitaires liée au déclin des annonces, notamment. Emanation du traditionnel sur le web, le modèle breton peut se permettre, même sur le web, de tenir une position relativement hégémonique. D’autant que le passage au numérique lui a permis d’étendre son audience : près de 60% des internautes se situent hors des trois régions couvertes par le quotidien. Critique vis à vis de l’information en ligne gratuite comme payante, Samuel Nohra en convient : l’avenir du quotidien sera aussi (et surtout ?) sur le net. Mais dans les pratiques, les réflexions autour des évolutions du web, ce sera probablement ailleurs.

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2 Réponses »

  1. réaction à l’article sur l’individu qui a pété 17 rétros pourquoi ne pas mettre son nom ? à ce fdp quelle bonnes excuses il en avait assez d’attendre un tacos et il était bourré 17 rétros 17 mois de taule + indémniser les victimes .

Rétroliens

  1. La presse rennaise et le web (#2) – Samue...

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