Webzine rennais – Cultures numériques

La presse rennaise et le web (#3) – Le Mensuel de Rennes : un tronc, deux têtes

Cela faisait longtemps que l’hégémonie de Ouest-France en Bretagne n’avait pas été bousculée ainsi. S’il faut encore avancer quelques chiffres pour démontrer une réelle variable, ce n’est pas l’objectif de notre dossier. D’autant que, nous l’avons montré dans un article précédent, sur le web comme dans les kiosques, la domination du géant rennais n’en est pas encore au chancellement. Mais le Mensuel de Rennes a tout de même amené avec lui un vent de fraîcheur dans le paysage médiatique rennais. Et avec lui, de nouvelles pratiques : celle d’un mensuel composé avec un site web actif. Faire son trou dans l’audience bretonne, le Mensuel semble y parvenir. Mais c’est surtout l’initiative qui nous intéresse. La part belle à une autre manière de diffuser l’information ? Peut-être bien.

Petit frère du Mensuel du Golf du Morbihan lancé en 2004, le Mensuel de Rennes respire la jeunesse. Installé au centre de Rennes dans ses locaux à République, le Mensuel, c’est d’abord un magazine papier publié tous les mois et qui fait rentrer l’argent dans les caisses par les abonnement et par la publicité. Pourtant, la rédaction bretonne n’a pas tardé à balancer un site sur la toile, quelques semaines après sa création en 2009. « C’est un choix qu’on ne referait pas actuellement, mais on a voulu se laisser un peu de temps avant de lancer le site dans la foulée », explique Nicolas Legendre.

Mais il a été pensé en même temps étant donné qu’on est un bi-média d’information locale. Le site web a vocation à être complémentaire de notre support magazine. Et inversement.

Mise en bouche d’originalité d’une information locale mensuellement, le Mensuel n’est pas qu’un simple magazine, il est aussi un site web que son rédacteur en chef ne veut pas minorer ni dissocier de son support papier. D’ailleurs, il en convient : « On a la chance d’être un média lancé après l’avènement du web : on n’a pas eu à s’adapter parce qu’il est surgi d’un coup, comme ça. » La nouvelle génération se fait sentir.

Une autre utilisation du web : un tronc, deux têtes.

Complémentarité. Ce mot est indissociable du discours de Nicolas Legendre. Au fil de notre interview, il n’aura cesse de le répéter, plaçant dans cet argument l’un des qualificatifs le plus à même d’expliquer les tendances d’expression du média, à l’image des web-documentaires et des dossiers mis en ligne sur le site.

On n’a pas vocation à faire de notre site quelque chose où on met en ligne ce qu’on ne peut pas être mis sur le papier. Ce n’est pas un parent pauvre le web.

L’expression est lâchée et résume à merveille les tendances des médias sur le web. Un parent pauvre, en guise de pique sympathique contre ceux qui sont passés par nécessité au web et qui comblent les espaces du numérique tant bien que mal. « Le web doit être en évolution permanente », lance le journaliste. « Notre politique c’est d’accroitre vraiment la complémentarité de nos deux médias : faire que notre magazine puisse être virtuel et à l’inverse que dans le magazine papier on puisse avoir des renvois vers le web. Éventuellement inclure des contenus payants sur internet ou valoriser nos archives papiers sur le web par exemple. » Et si le Mensuel reste encore un média qui tire ses financements du papier et des annonceurs, il n’oublie pas de penser le web comme un outil ancré dans le quotidien de leur profession.

Le slow-journalisme comme garantie de survie.

Le web ne paye pas. Pas encore en tout cas. Pour survivre face à son « illustre confrère » et principale concurrent, le Mensuel semble adopter d’autres formules journalistiques. En progression constante depuis leur lancement en 2009, le rédacteur en chef avance entre 50 et 100 000 visiteurs uniques tous les mois. Bien loin des 12 millions de visites de Ouest-France, certes, mais avec beaucoup moins de moyens également. « Il est clair que notre concurrent et confrère a vocation à être exhaustif, même sur internet : leur fil d’info quotidien est actualisé en permanence. Notre site est moins alimenté que celui de notre illustre confrère, mais c’est une volonté pour nous », assume-t-il.

Notre cœur de métier c’est l’enquête, le reportage, les entretiens, les portraits. On fait du slow journalisme, on s’inscrit dans l’actualité tout en prenant du recul.

On a vocation à être réactif, mais on fait d’avantage de tri, de sélection de hiérarchisation dans l’information qu’on va publier. L’idée c’est d’être dans l’esprit du magazine avec des angles décalés, un ton et un choix de sujets différents.

Impossible, de toute manière, pour la petite équipe du Mensuel d’être partout, de tout suivre et de réagir sur tout. Un concept nécessaire mais qui les crédite d’une certaine responsabilité de leurs choix éditoriaux, d’une part, et de l’avantage d’ajouter une plus-value, une valeur ajoutée assumée. Une patte. A l’heure de l’information virevoltante sur les multitudes de réseaux que le web a tissé autour de lui, entre décision éditoriale et obligation physique, le recul et la lenteur semblent être de mises pour le traitement de l’information.

Une équipe à l’image de son canard : polyvalente.

Même si la sale habitude de différencier les rédactions web et papier ne semblent plus faire l’unanimité dans les grandes éditions médiatiques, Nicolas Legendre le répète : « Notre rédaction est totalement intégrée. Tous nos journaliste sont polyvalents, bi-média, et c’est un choix. On fait tous du web au quotidien. »

Je pense que c’est l’erreur de certaines grandes rédactions parisiennes qui ont été commises après l’avènement du web. On a eu des rédactions à deux têtes : d’un côté la rédaction papier historique, celle qui était la plus prestigieuse et à côté, dans un immeuble HLM 20 km plus loin dans la banlieue de paris, la rédaction web. Avec des mecs qui étaient leur casque sur les oreilles toute la journée à faire de la reprise dépêche.

Suite à notre contact, nous avons pu constater qu’à Ouest-France cette réalité n’était plus tellement d’actualité, même si une équipe multimédia est présente à son siège social à Chantepie, responsable des informations nationales sur le web. Mais le quotidien rennais a lui aussi bien compris que le web ne pouvait plus se contenter d’uniques articles de dernières minutes. Le Mensuel, lui, s’inscrit dans cette nouvelle tendance d’expertise du web comme un outil à part entière, même s’il se voit coupler ici, à une édition papier mensuelle qui laisse plus de place aux grandes enquêtes et qui permet au site de disposer d’une envergure toute différente de celle de son confrère. Mais Nicolas Legendre le rappelle lui-même, le web est en évolution perpétuelle. A lui de nous confier que le site allait connaître des remaniements, de nouveaux liftings. Une évolution à l’image d’un numérique tentaculaire, écumant les océans complexes du progrès technologique et social.

Tagué: , , , , ,

1 réponse »

Rétroliens

  1. Après Dijon et Besançon, la presse indépendante d’information en ligne pourrait s’implanter en Bretagne | L'embusc@de

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :