Webzine rennais – Cultures numériques

La presse rennaise et le web (#4) – Espace participatif et datajournalisme : Rennes 1720, un laboratoire de l’information sur la toile

Caché derrière les deux grandes mécaniques professionnelles rennaises, Rennes 1720 a vu le jour, à sa manière, dans le paysage médiatique rennais en février 2012. Si aujourd’hui, le site a fermé ses portes de manière temporaire pour mieux rebondir, il a amené avec lui de nouvelles pratiques du métier, une autre vision du journalisme, de nouvelles manières de traiter l’information. A sa façon, avec son envergure, certes, mais l’originalité a été au rendez-vous et les lecteurs ont suivi. Même si Rennes 1720 n’a certes pas eu le poids de Ouest-France et du Mensuel de Rennes, il a incarné une percée de ces pratiques liées au numérique qui perlent ça et là en France et qui s’implantent de plus en plus durablement dans les médias nationaux comme locaux. Retour avec Julien Joly, son rédacteur en chef et co-fondateur, sur une année de tâtonnements à l’aveugle et d’intéressantes expérimentations.

Attention, particularité. A l’instar d’Unidivers, autre canard sur le web plus tournée vers une approche culturelle de l’information à Rennes, Rennes 1720, c’est du web, et que du web. Pas de maquettes à envoyer, pas d’imprimantes à faire tourner, pas de paquets à déposer dans les kiosques tous les matins, toutes les semaines ou tous les mois. Un bref http et le tour est joué. Allez, Rennes 1720, ce n’est pas un mastodonte de l’information, mais il ne nous en pas fallu plus pour être intrigué par cette brèche immiscé dans la toile rennaise par le compère Julien Joly et tout sa petite troupe.

Des articles pas communs, des chiffres étalés sur des infographies locales, bref, du neuf, du gratuit, du web et du journalisme toujours. Bénévole, soit. Parce que la jeune génération à l’origine du projet a voulu tâter le terrain. Lancé il y a un an, en février 2012, ils ont voulu « créer une sorte de laboratoire où l’on pourrait expérimenter les nouvelles formes d’information par le web », nous ôte les mots de la bouche Julien Joly.

On voulait surtout créer un espace participatif qui donnerait la parole, plus seulement aux journalistes, mais également aux lecteurs.

Les voilà, les deux tenants essentiels de Rennes 1720 qui viennent diversifier l’information proposée par leurs confrères à Rennes : de nouvelles formes de traitement de l’information et du participatif. Du neuf, en somme. Composé de bénévoles, le site n’en était encore qu’à l’état d’association loi 1901, « qui regroupe finalement peu de journalistes de formation mais aussi des graphistes, des dessinateurs. Bref, une rédac’ atypique », précise le rennais tout juste diplômé d’une école de journalisme toulousaine. Une expérimentation d’autant plus intéressante pour le jeune homme que sa formation ne proposait pas encore de cursus web bien structuré, nous explique-t-il.

Datajournalisme et infographie pour sortir du lot.

« Ouest France et le Mensuel sont les premiers sites pour l’actualité à chaud. Dès le départ on s’est dit qu’on ne pourrait pas les concurrencer sur les faits divers. » Ce constat est révélateur d’une nécessité de faire autre chose et de faire différent, associé à une volonté, a fortiori, d’évoluer dans le métier. Un constat que l’on pouvait retrouver au Mensuel de Rennes, même si la rédaction professionnelle des collègues de Nicolas Legendre possède encore plus de moyens pour tenter de rivaliser face aux autres médias rennais.

Notre philosophie c’était de parler de sujets qui ne sont pas sur les autres sites ou alors d’en parler de manière différente, en creusent un peu, en faisant des traitements originaux avec des angles originaux ou en faisant un traitement spécifiquement web.

Au programme : des diapos sonore, de l’interactivité, bref sortir du lot, se démarquer, tout en continuant de tester d’autres pistes que celles déjà bien ancrées dans le métier. Des pistes qui pointent régulièrement le bout de leur nez sur la toile, à l’image d’un datajournalisme de haute volée proposée par le site OWNI, jusqu’à sa récente fermeture par manque de financements (l’éternel problème du tout-web gratuit). « Le journalisme de donnée, à la base, c’est compiler des données, les rendre sous une forme intelligible. C’est un peu le travail des journalistes de tous temps », rassure le Rennais.

Même si là il s’agit surtout d’utiliser les outils informatiques à notre disposition pour traiter un gros volume de données un peu indigeste, des données qui sont sous des formes qu’il faut rendre intéressantes pour le lecteur.

Dans la pratique, Rennes 1720 s’est largement essayé au traitement des données ouvertes fournies par Rennes Métropole, ou d’autres sujets moins sensibles comme le Thabor. Avec, à l’appui, un traitement infographique du budget de la ville, ou une cartographie de la twittosphère de Rennes. « Ce sont des pratiques très utilisées par OWNI, explique Julien Joly. Mais elles sont souvent réalisées au niveau national. On a voulu tenter le niveau local avec des données de la ville. C’est une manière de faire de l’information de manière visuelle. Mais c’est toujours le même métier de journaliste », insiste-t-il.

Le participatif  ? « Dire aux lecteurs : on n’est pas dans une tour d’ivoire. »

C’est le cœur de Rennes 1720, selon les dires de son créateur. Un cœur ici aussi bien original, même si Ouest-France s’y ouvre peu à peu et que le Mensuel de Rennes avait tout de suite lancé l’idée, incluant dernièrement d’ailleurs, une nouvelle plateforme pour ses lecteurs, plus à même de répondre à ses attentes. « Ouest-France, c’est surtout un forum, quelques commentaires, lâche le journaliste. Mais il n’y avait pas ce côté : ouvrir la rédaction au lecteur comme on peut le voir sur Rue89. C’était quelque chose qu’on voulait expérimenter au niveau local. » Rue89, le lien est fort. Le pure-player gratuit et national avait fait son trou en ouvrant très largement son site aux blogs, aux participations extérieures : le journalisme à trois voix, c’est eux.

Pour Julien Joly, la participation des lecteurs à la confection de l’information relève plus que d’un simple outil : c’est aussi une véritable réflexion sur la profession : « Avec internet, on se pose de plus en plus la question : c’est quoi être journaliste ? Ce n’est plus la personne qui a l’information et qui la transmet puisque n’importe qui peut poster une news sur twitter, prendre une photo, une vidéo, ouvrir un blog, donner son opinion, affirme-t-il. Aujourd’hui un journaliste c’est plus un relai, quelqu’un qui va sélectionner, vérifier l’information, qui va mettre en relation des personnes qui ont des opinions intéressantes et qui va approfondir. »

Ça nous semblait important, dès le départ, de dire au lecteur : on n’est pas dans une tour d’ivoire, on n’est pas les gens qui savent tout. On est juste des journalistes mais ça ne fait pas de nous des supers héros. Les vrais membres de Rennes 1720 ? Ce sont les lecteurs.

Des réactions, des précisions « sur des sujets qu’ils connaissent parfois bien mieux que nous », des commentaires techniques « qui nous permettent d’aller plus loin », des articles vérifiés par l’équipe, voilà ce que les lecteurs du site ont apporté au laboratoire de la petite équipe de Rennes 1720. Toujours à l’image de Rue89 qui organisait des conférences de rédaction en ligne sur le site, Rennes 1720 avait aussi décidé « d’en faire une par mois dans un bar de Rennes, ouverte aux lecteurs,  pour nous dire quels sujets ils voudraient qu’on traite, ou critiquer ceux qu’on avait publiés », commente-t-il, réalisant avec le recul que cette participation leur avait permis de repenser le site, de refondre certains services ou d’aborder de nouvelles thématiques.

Actuellement, dans la presse, les débats qu’il y a entre les journalistes dans les conférences de rédaction restent privés. Les questionnements, les remarques, les critiques restent entre gens du métier. Le lecteur n’a pas vraiment axé à ça.

L’annonce, dernièrement, de la fermeture temporaire du site n’a, selon nos informations, aucun lien avec la bonne conduite du site même s’il est connu que ces initiatives bénévoles sont chronophages et peinent à s’inscrire dans le temps. En un an, si Rennes 1720 n’a certes pas eu l’envergure du Mensuel de Rennes, envergure qui n’était probablement pas recherchée d’ailleurs, le site a permis l’émergence d’une troisième voix dans le paysage médiatique rennais. Un chemin différent, une ligne autrement originale, ni meilleure, ni pire que celle tenues par leurs confrères. Mais l’initiative est révélatrice de nouvelles tendances qui prennent pieds dans le traitement de l’information et dans les supports sur lesquelles cette dernière s’étend. Reste à trouver, pour eux, la bonne formule.

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