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Bloggers Without Borders : le crowdfunding au service des blogs

On oublie trop souvent à quel point pression économique et médias font mauvais ménage. N’en déplaisent aux cadres de la profession, les journalistes rivalisent aujourd’hui plus que jamais d’initiatives. Quitte à balayer avec elles les modèles économiques d’antan dont la chute se confirme chaque jour, à rayer d’office les piliers vieux comme le monde d’une profession à bout de souffle et à aller chercher ailleurs, la solution. En proposant aux blogueurs la place qu’ils méritent dans le paysage médiatique, Bloggers Without Borders compte bien s’asseoir sur un modèle économique rafraichissant, le crowdfunding en ligne de mire.

C’est en tombant avec une dépêche sur la création de De Correspondent que le sujet est venu de lui-même. Le site hollandais récoltait pas moins de 1,3 millions de dollars, rien qu’avec l’aide des internautes. De quoi construire une base solide pour l’avenir. Et s’il faut sans doute avoir un peu de veine pour tomber sur leur site, Bloggers Without Borders compte bien arriver à ses fins, sans pression publicitaire ni idéologie du clic. « Le but est de s’organiser entre journalistes, blogueurs, photographes, designers, dessinateurs, indépendants, afin de créer une agence de presse multi-format et coopérative, nous explique Claudine Girod-Boos. C’est comme construire une grande équipe pour avoir un traitement de l’information à caractère international. »

Sur ce point, la fondatrice du projet, journaliste depuis 20 ans qui s’occupait déjà de ces thématiques à la Tribune de Genève n’en démord pas : « Il y a un vrai manque. »

On vit dans un monde globalisé. On dit : l’information internationale ça ne nous intéresse pas. Je pense que ce postulat est faux.

Avec elle, la confirmation de tendances qu’on voit peu à peu percer sur la toile, s’émancipant tant des cadres imposés par le papier que des conceptions traditionnelles d’une profession à bout de souffle. Le petit collectif basé à Strasbourg compte bien émerger, travaillant toujours sur le projet dans leur coin, en attendant le 18 juin, date fatidique du lancement officiel. Un nouveau site en première ligne et une coopérative loi 1947 qui les « protégerait de l’influence de grands groupes qui voudraient nous mettre la main dessus. » « On veut inscrire la dimension coopérative dans les statuts, insiste Claudine Girod-Boos. C’est le principe de l’économie sociale et solidaire. » Une parte égale une voix.

Pour une meilleure considération des blogueurs.

Il n’y a pas si longtemps que ça, Rue89 lançait, en France, le principe d’une information à trois voix. Et si une grande majorité des sites en ligne ont offert une place aux blogs, du Huffington Post à Mediapart, Bloggers Without Borders (BWB) est aussi né d’un sentiment de rupture entre journalistes et blogueurs. « J’en ai marre d’entendre les gens dire : les blogueurs, les blogueurs, lâche la fondatrice. D’entendre la France qui se protège derrière la carte de presse. » « C’est une grosse magouille », assure-t-elle, en référence à un modèle franco-français bien différent du monde anglo-saxon ou néerlandais. « Bloguer, c’est aussi une manière de penser la vie. On est un peu des digital bitnik. On a nos outils, on a nos sources. » Artisans de l’info’, elle y tient.

On est vraiment des artisans, si on est capable de travailler en équipe, ce qui est un gros problèmes dans les rédactions. Un blogueur aujourd’hui c’est de toute façon un journaliste qui n’a pas de support ailleurs. Ce sont des gens qui ont des choses à dire.

Précarité et mondialisation sont des maîtres mots. Les grands groupes, s’ils ont ouvert la porte au participatif restent relativement réfractaires au « tous journalistes » et accordent peu de confiance à l’émancipation d’un web 2.0 fondamentalement citoyen tandis qu’un journaliste sans blog fait aujourd’hui office d’espèce en voie de disparition. « Il faut organiser ça. Si la production de contenu est organisée ça peut être intéressant. Je pense que l’époque est mûre pour des initiatives, avance la fondatrice de BWB. On sent qu’il y a eut un tournant comparé à il y a quelques années où c’était difficile de parler des blogueurs et d’information de qualité où tout le monde nous parlait du gratuit. »

Le crowfunding : un décalage culturel.

Difficile pour autant de réfléchir à produire une information de qualité sans s’appuyer sur un modèle économique stable et indépendant. Surtout lorsqu’il s’agit de blogueurs, originellement bénévoles. « Le nerf de la guerre, c’est justement qu’on veut les payer assez vite, explique Claudine Girod-Boos. On imagine une business modèle avec de la vente de contenu, avec des abonnements et du crowdfunding. »

En France, les initiatives restent relativement peu connues. Si J’aime l’Info s’est largement développé sur la toile, beaucoup n’ont pas fonctionné. L’exemple vient surtout des Etats-Unis. « Il y a des différences culturelles très importantes. Dans des culture anglo-saxonnes, la liberté d’informer, la qualité des médias, c’est ancré. Il y a des gens qui ont de l’argent et qui sont prêt à payer », veut croire la journaliste, décrivant des plateformes comme SpotUS, KissKissBankBank ou Ulule, parfaitement fonctionnelles.

On a confié l’information à des machines. Il y a des gens qui sont perdus au milieu de l’info-obésité. Il y a toute une frange de la population qui en a vraiment marre d’avoir de la daube et qui est prête à financer l’information. Ça se démarque par un ton. On ne traite pas tout, mais ce qu’on traite, on le traite bien.

Le message est clair et n’a de cesse, d’ailleurs, d’être nourri d’exemples de tensions économiques (Rue89 racheté par le Nouvel Obs) et éditoriales (le JDD sur l’affaire Cahuzac, Libération avec Laurent Fabius). « Je ne réfléchis pas à l’échelle franco-française », témoigne Claudine Girod-Boos. A elle de préciser : « Je crois beaucoup aux fondations. Je pense que si on n’est pas uniquement dépendants de fondations, si on les diversifie, si on a plusieurs piliers, ces gens-là n’ont aucune interférence sur la contenu. » Pour la fondatrice de BWB, l’exemple de Propublica, un média d’investigation américain composé de 38 journalistes et financé par les dons, est probant. En attendant plus de certitudes, le rendez-vous est donné le 18 juin, à Strasbourg.

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