Webzine rennais – Cultures numériques

Objet culturel (non) identifié : Stunfest IX aux manettes

Dans la grande cour sombre cernée par les immeubles encore neufs de la rue du cardinal Paul Gouyon, à Anatole France, le silence semble de mise. Le tintement d’une sonnerie se mêle pourtant aux rires étouffés que les fenêtres fermées de la maison de quartier de la Touche recouvrent. Là, la lumière jaillit enfin et donne lieu et place au jeu. Une estrade, un rétroprojecteur, les formes cubiques d’un pixel consciemment démodé et la musique qui résonne. De Metal Gear Solid au premier Mario Tennis, tout y passe. Et le Stunfest est lancé.

Ils sont une cinquantaine, réunis par groupes de quatre ou cinq, assis derrière une table. Pour la plupart, ils se côtoient, se connaissent ou se reconnaissent, au moins de loin. Des jeunes, forcément et des moins jeunes. Des femmes aussi, plus qu’on ne pouvait le penser. Les clichés sont tenaces. Sur la petite estrade ils sont deux à animer le Sound Test avec panache. Quelques blagues fusent. Des private joke aussi, on le comprend aisément. Qu’importe. L’annonce de l’extrait suivant ne change en rien le problème crucial qui ressurgit chaque fois que l’enceinte crache quelques originals sound tracks de jeux vidéos. Des plus méconnus aux plus historiques, on n’y connait rien et pourtant, le plaisir est réel. « Je crois que la plupart des gens qui étaient là ce soir, commente Aymeric Lesné, c’était justement cette communauté underground. »

Les irréductibles sont toujours là.

Stunfest IXGrand public, le Stun’. Depuis huit ans, le festival cartonne. Dire qu’ils étaient 50 la première année. Les voilà 5 000. En débutant un « hors-les-murs » complètement gratuit pour lancer le festival, on s’était logiquement demandés si on allait crouler sous les clichés du : Gorillaz 1998/2000 ? BUZZ ! Fifa 2002. A s’en demander si les irréductibles existaient encore. Une communauté underground. Des résistants, pourrait-on les qualifier, dans l’ère du temps. Des connaisseurs de jeux vidéos, « des connaisseurs au sens : joueurs assidus. C’est là qu’au Stun’ il se passe des choses entre cette communauté de joueurs, le grand public et à l’autre bout des conférenciers qui viennent et s’élèvent un peu au-dessus du débat. »

Et si l’industrie est en crise, si elle repose sur les piliers essentiels du cinéma, de la musique, de l’inter-activité, eux-aussi mis à mal, la recherche du consommateur ne s’en fait que plus intense, souvent au détriment de la qualité intrinsèque du produit. Mais le jeu vidéo n’a jamais perdu les gamers de la première heure. Les attentes sont simplement différentes, fonction de la passion. « Le Stunfest c’est un joyeux mélange de tout ça. Ce n’est pas toujours évident à gérer parce que les irréductibles du jeu vidéo, avoue le président de l’association de 3HitCombo, ils ne voient pas toujours ça d’un très bon œil. » Aymeric l’assure : dans le fond, en huit ans, le Stun’ n’a pas changé, même s’il accueille cent fois plus de visiteurs qu’avant.

Plus qu’un produit de consommation, l’objet d’une culture.

Pratiques et usages communautaires, perception de la violence, de la société, des valeurs, représentations morales, construction identitaire,

Sound test communautaire hier soir à la maison de quartier de la Touche : ça marche du tonnerre (photo l'Embusc@de).

Sound test communautaire hier soir à la maison de quartier de la Touche : ça marche du tonnerre (photo l’Embusc@de).

réactivité. La liste des recherches portées sur et vers le jeu vidéo est longue. Des études, réalisées par des chercheurs, montrent régulièrement leurs conclusions. Difficile de ne pas avoir un jeu à portée de main, que ce soit sur une console de salon, un ordinateur, une tablette ou un smartphone. « Ca devient un objet culturel avec le temps, explique Aymeric. Le jeu vidéo, beaucoup n’y ont pas cru quand il est arrivé. Beaucoup on dit que ça serait une mode, que ça allait passer. »

Aujourd’hui, des chercheurs indiquent qu’un enfant qui passe du temps devant l’écran du salon à rêver de Mario et de Link, n’est pas un enfant condamné. Bien au contraire. « Le jeu vidéo s’est vraiment implanté dans le paysage et il n’est pas prêt de disparaître ! On a 40 ans bien tassés de jeux vidéos, il a irrigué les cultures graphiques, les cultures musicales, les domaines de la recherche. » Les thématiques sont nombreuses à l’heure de la découverte de la condition numérique, tandis que les théoriciens du tout-interactif continuent de bûcher sur le sujet.

Un festival ouvert à tous. Et à toutes.

Pour l’occasion, 3HitCombo a même décidé d’inscrire au programme un « hors-les-murs », complètement gratuit et accessible à tous, dont le Sound Test communautaire d’hier soir représentait une ouverture de circonstance. Le Stun’, s’il reste un festival de gaming, propose une autre aventure dans le jeu, d’aller plus loin, ou de revenir à des bases de jouabilités essentielles. Pour l’organisateur : « On a enrichi le contenu et le public s’est diversifié en même temps que le contenu, sans perdre le côté authentique de l’évènement. »

Photo Stunfest 2010.

Photo Stunfest 2010.

« On a tous les ans des joueurs occasionnels, des gens qui viennent en simple curieux écouter une conférence, voir ce qu’il se passe sur une finale de jeu de baston, sans être joueurs, nous rassure Aymeric. Et puis ils vont quand même jouer à une borne d’arcade. Parce que les bornes, ça traînait dans les cafés avant, et on peut faire une partie de jeu viédo comme on fait un baby-foot, un billard, une partie de cartes sans être forcément un joueur de tous les jours. » Preuve que la chose est aussi une question générationnelle et que le jeu s’inscrit dans le temps. Si les pratiques évoluent, le principe reste le même. S’amuser.

Des concerts à la scène superplayer entièrement dédiée cette année à la Team SuperPlayerLive, en passant par des conférences sur la préhistoire du jeu vidéo, l’éthique dans les jeux vidéos ou encore sa place dans le développement de l’enfant, le Stun’ fait le tour de la question. En prime, des stars japonaises seront de la partie. « Il y aura l’organisateur d’un événement similaire au notre au Japon qui se déplace rien que pour nous voir et ça, ça nous fait chaud au cœur. C’est un beau geste de reconnaissance », livre Aymeric. L’ouverture a été chaleureuse. La suite, ce soir aux Champs Libres avec Alexis Blanchet et Olivier Lejade s’annonce prometteuse. Et ce n’est que le début.

En embusc@de : pour aller plus loin, lire l’article publié par La Vie Rennaise. Retrouvez toute la programmation sur le site de Stunfest.

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